[ Une fois de plus, je laisse la parole à Pierre qui nous explique l’histoire de l’un des monuments les plus visités de St Petersbourg.]

Alexandre II, 1 an avant sa mort
Alexandre II, 1 an avant sa mort

Saint Petersbourg, dimanche 13 mars 1881

Alors qu’il rentre au palais après avoir assisté à une parade militaire, l’empereur de Russie Alexandre II est victime d’un terrible attentat. Nikolaï Ryssakov, révolutionnaire, lance une bombe en direction de la calèche de l’empereur : malgré la violence de l’explosion — tuant plusieurs personnes et endommageant sérieusement la voiture du souverain — ce dernier n’est pas atteint directement. Malgré la gravité de la situation, il sort immédiatement de son véhicule pour organiser l’aide aux victimes, et également pour aller parler directement au terroriste, ayant été rapidement capturé.

Cette initiative lui sera malheureusement fatale.

Un deuxième révolutionnaire, Ignati Grinevitski, lance une nouvelle attaque vers Alexandre II. La force de l’explosion est telle que tous les membres inférieurs du tsar se retrouvent en lambeaux. Le reste du corps également mutilé, il est ramené en urgence au palais d’hiver, mais il succombera dans l’heure à ses blessures.

Uniforme d'officier que portait Alexandre II lors de son assassinat. Musée de l'Ermitage - Saint Petersbourg
Uniforme d’officier que portait Alexandre II lors de son assassinat. Musée de l’Ermitage — Saint Petersbourg

Mais pourquoi nous raconter ce sinistre attentat ?

Parce qu’il est à l’origine même de la construction de l’édifice : Sur-Le-Sang-Versé, eh oui, tout s’explique ! En effet, après deux ans de réflexion pour savoir comment honorer la mémoire de son père, le tsar Alexandre III décide d’entreprendre la construction d’un mémorial sur les lieux exacts de l’assassinat. C’est alors que commence en 1883 la construction de Saint-Sauveur-Sur-Le-Sang-Versé, pour se terminer 24 ans plus tard sous le règne du dernier tsar de Russie, Nicolas II.

Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé de Saint-Pétersbourg , détails.
Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé de Saint-Pétersbourg
Plutôt rare : dans l'une des coupoles, une mosaïque représente Jésus adolescent
Plutôt rare : dans l’une des coupoles, une mosaïque représente Jésus adolescent

Quand on l’observe, on pense immédiatement à sa sœur moscovite, la cathédrale de Basile-Le-Bienheureux, et à juste titre ! Alors qu’elles ne datent pas du tout de la même époque (l’une est du XVIe, l’autre fin du XIXe), elles correspondent toutes les deux au style russe médiéval (Un courant alors en vogue dans la Venise du Nord). Mais la comparaison s’arrête là : contrairement à Saint-Basile, qui se compose en réalité de 8 chapelles réunies, Saint-Sauveur-Sur-Le-Sang-Versé a un intérieur absolument grandiose. Les 7500 mètres carrés de murs et plafonds sont intégralement recouverts de près de 390 mosaïques, représentant pour la plupart des scènes bibliques.

Les 7500 mètres carrés de mosaïque représentent l'une des surfaces de ce type les plus importantes au monde
Les 7500 mètres carrés de mosaïque représentent l’une des surfaces de ce type les plus importantes au monde
A l'intérieur de la cathédrale, se trouve le Ciborium, à l'endroit précis où fut assassiné Alexandre II.
À l’intérieur de la cathédrale se trouve le Ciborium, à l’endroit précis où fut assassiné Alexandre II.

À l’intérieur, nous retrouvons le Ciborium, sorte de sanctuaire. Celui-ci est construit de matériaux nobles et précieux, taillés tout en finesse par les maitres d’art russes. Des pierres précieuses, topazes, lapis et autres, viennent compléter l’œuvre au centre de laquelle, dans un contraste saisissant, sont présentés les pavés rudimentaires sur lesquels fut versé le sang de l’empereur.

Pour permettre la construction de l’édifice, il fut nécessaire de venir empiéter sur le canal adjacent : le Ciborium se trouve à l’endroit exact de l’attentat.

Les pavés où fut versé le sang du tsar.
Les pavés où fut versé le sang du tsar.
On constate très clairement l'avancée sur le canal pour permettre la construction à l'emplacement exact de l'attentat.
On constate très clairement l’avancée sur le canal pour permettre la construction à l’emplacement exact de l’attentat.

Seulement une dizaine d’années après la fin de sa construction, en 1917, la cathédrale essuie les ravages de la révolution russe. Elle est pillée de ses plus belles œuvres et subit de graves dommages jusqu’en 1930 quand le gouvernement décide finalement de la fermer. Quelques années plus tard, pendant le très long siège — 872 jours — de Leningrad (Saint-Petersbourg), elle ouvre à nouveau en tant qu’entrepôt à légume.

La guerre terminée, elle servira cette fois de réserve pour l’opéra situé juste à côté. Et c’est seulement en 1970 qu’on prend conscience de son importance culturelle et sa restauration est entreprise. Cette dernière durera 27 ans, pour permettre la réouverture du bâtiment en 1997.

La particularité de cet édifice est qu’il n’a finalement jamais servi à des offices religieux. En effet, avant la révolution c’était avant tout un lieu de mémoire et aujourd’hui, le monument est considéré officiellement comme étant le musée de la mosaïque.

Dans tous les cas, c’est un bâtiment à visiter, tant pour la richesse de ses décorations que pour l’aspect historique qu’il représente. Alexandre II fut assassiné juste avant de donner une nouvelle constitution au peuple russe : sans doute que l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui aurait été bien différente sans cet évènement.

Il subsiste un fragment de marbre non restauré, pour se donner une idée du Avant/après.
Il subsiste un fragment de marbre non restauré, pour se donner une idée du avant/après.

Visite : du lundi au samedi, de 10 h à 18 h.

Prix : 250 roubles, audioguide en français pour 100 roubles supplémentaires

Où réserver : http://isaak.ticketnet.ru

Site officiel des cathédrales de Saint-Pétersbourg : http://eng.cathedral.ru

Saint sauveur sur le sang versé